L’édito de la fin de la semaine

Ce que je voulais dire, avant que la demoiselle en robe saumon ne me coupe la parole pour se resservir une coupe, n’était pas vraiment original au final. Je vais essayer de faire vite parce que je sais que les principaux intéressés sont rapidement embarrassés dans ce genre de situation, et moi aussi d’ailleurs. Et parce que ce n’est pas moi que vous êtes venus écouter aujourd’hui de toute façon. On m’a dit qu’en plus de signer un papier officiel, il fallait aussi que je fasse un discours. Je préfère vous prévenir tout de suite: je n’ai rien préparé, je ne savais pas qu’il fallait que je compense tous les verres avalés par quelques mots. Des petits fours briochés en échange d’un toast, en gros.

J’ai beaucoup réfléchi à ce que j’allais bien pouvoir raconter en sortant de la mairie, en posant pour des milliers de photos en haut des marches et en reprenant de la viande (n’importe quel morceau sauf la cuisse dorée). Et je n’ai rien trouvé d’intéressant. Je ne vais pas vous remercier, ça n’aurait pas de sens. Je ne vais pas non plus évoquer des dizaines de souvenirs: soit vous étiez là et vous vous en rappelez aussi, soit vous ne savez pas et il y a forcément une raison à ça. Je ne vais pas parler de moi, je ne sais pas vraiment faire ce genre de chose et cela n’a pas sa place ici, maintenant. Et je ne vais pas lâcher de dossier atomique ou faire une blague vaseuse, je vous respecte trop pour ça.

A vrai dire tout ce qui me vient à l’esprit quand je nous vois tous regroupés dans cette petite pièce à hurler et à danser, c’est que rien n’a changé. Et c’est tant mieux. Hormis les robes bustier et les costumes neufs, j’ai l’impression que nous sommes encore entassés dans une chambre de cité universitaire. A se bousculer pour pouvoir apercevoir un bout de l’écran cathodique, à se battre pour choisir quel CD aura l’honneur de se glisser dans le petit poste Sony, à cuisiner des plats colossaux pour 20 personnes. Et je trouve ça beau. Les mêmes visages, quelques rides et kilos en plus, surtout au niveau de ton ventre désormais bien rond. Les mêmes personnes, les mêmes amis, les mêmes frères d’une autre mère, toujours proches malgré les années et la vie. Réunis pour voir deux d’entre nous ne faire plus qu’un avant de devenir trois. Présents aujourd’hui pour lever notre verre à leur santé, mais aussi présents demain, et encore le jour d’après. Peu importe ce qu’il arrive. Voila en gros ce que j’aurais aimé vous dire, si je n’avais pas eu la gorge trop serrée et l’oeil trop brillant. Félicitations.

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One Response to L’édito de la fin de la semaine

  1. boulehya says:

    je rêve ou j’ai pas été invité au mariage ! – sympa les gars de m’esquiver et de faire comme si je n’passé pas la porte de la mairie comme choco ne passe pas dans la cheminé du sous sol de la baraque des Fratellis…

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