Recherche de la Mise à Jour

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On m’a dit “Est ce que ça te manque d’écrire?” J’ai des tas de brouillons. Plus ou moins drôles, plus ou moins sincères. Peu sont encore pertinents. L’écran est toujours le même, le clavier un peu poussiéreux, mais moins que les doigts qui tentent de retrouver le rythme comme une vacancière qui prend des cours de zumba dans un Club Med tunisien. J’écris tous les jours. Ailleurs, d’autres blogs, d’autres supports, d’autres projets. Mais surtout dans ma tête. Ca dure quelques secondes – les idées se mettent en place, je me laisse guider par la piste, puis je trébuche, une seconde fois, et tout redevient noir. Je lisais une fois qu’à 50 ans, Michael Jordan avait toujours la même hargne, la même vision incroyable du jeu, le même feu dans la poitrine. Mais que son corps ne suivait plus, et que ce feu trop puissant le consumait chaque jour un peu plus, au fond de son fauteuil en cuir de businessman. Qu’il valait mieux tuer un lion plutôt que de le laisser survivre en cage. J’ai aussi lu qu’il faut vivre pour pouvoir écrire ensuite. J’ai un peu trop vécu je crois.

On m’a dit “Ah bon? T’as un blog toi?” Yellow Kid? Connais pas. Je savais pas que t’écrivais, tu parles jamais. Tu peux être presque drôle en fait, quand tu fais pas la gueule. Tu parlais de moi dans ce paragraphe c’est ça? Oui tu parlais de moi, c’est sûr. J’ai lu ton post sur Konbini, je savais pas que c’était toi. Je me suis grave reconnu dans ce que tu racontes. T’as raison de rester anonyme, c’est plus facile de se projeter. Et puis c’est le contenu le plus important. T’as jamais songé à tout traduire? J’ai découvert ton compte Instagram au passage. T’as des photos pas trop mal, tu devrais t’y mettre sérieusement. Et puis à l’occasion, met en ligne un nouvel Edito, tiens.

On m’a dit “Pourquoi tu as arrêté de poster?” Au début, il y a l’insouciance. La profonde conviction d’être au bon endroit, d’avoir trouvé un but. Il y a la nostalgie, l’encre qui coule à volonté de ce robinet inépuisable, les souvenirs, les anecdotes, la volonté d’attirer son attention. L’absence de lucidité qui te pousse toujours plus loin, et gomme les doutes. Puis vient l’habitude. La facilité, la suffisance. Les excuses. Le syndrome du deuxième album. Les monologues se transforment en discussions, et petit à petit les failles se rebouchent. Difficile d’appréhender ces évolutions, de replacer le curseur et de trouver le ton adapté. Des milliers de détails à raconter, mais ça peut attendre demain. Il y a des choses plus importantes à gérer d’ici là. Comme vieillir. Et il y a ce nouveau travail. Plus besoin de combler l’ennui désormais, les semaines défilent et on s’éloigne sans vraiment s’en rendre compte. Il parait que les images dans le rétroviseur sont plus proches qu’elles ne paraissent, sauf quand la vie fait du 0 à 100 en 1 seconde 10.

On m’a dit “Autant fermer ton blog, ça sert à rien.” Je suis obsédé par la mort. Mon cerveau n’envisage pas que tout s’arrête, et égoïstement je me demande comment le monde peut continuer de tourner si je n’en fais plus partie. Comment elle peut continuer de sourire si je ne fais plus partie de sa vie. Et même si on se rapproche chaque jour un peu plus de la fin, je n’arrive pas à faire en sorte que chaque heure compte. Je vomis ces discours pseudo philosophiques qui te font culpabiliser lorsque tu t’allonges 2 heures sur ton canapé au lieu de découvrir des nouvelles civilisations, de sortir cracher ton bonheur à la face blasée du monde. Tétanisé par l’absence, par l’oubli. Ce qui n’est pas visible n’existe pas. Alors je grave des murs de code avec une flèche pixelisée en espérant laisser une trace une fois l’écran éteint. Un peu comme lorsque je frappais les vagues de toutes mes forces pour essayer d’inverser le courant.

On m’a dit “Tu devrais peut être en parler à quelqu’un d’objectif. Un professionnel.” Je l’ai déjà fait. Des centaines de fois. Là où des gens ont vu le moyen de recevoir des cadeaux, d’être invités dans des soirées qui n’existent que sur Instagram, j’y ai vu un prétexte. Un moyen d’avouer ce que je n’avais pas le courage ou la force d’exprimer de vive voix. Quand la gorge se serre et les yeux cherchent désespérément un point où fuir, écrire devient une option plus qu’envisageable. Enfouir maladroitement des messages sous des couches d’humour gras et de métaphores alambiquées, en espérant qu’ils les voient. Qu’ils les comprennent. Et tant pis si on n’en parle jamais. Ils sauront. Et je saurais qu’ils sauront. Et la prochaine fois que tu me regarderas dans les yeux, tu comprendras ce regard un peu ailleurs.

On m’a dit “Mais est ce que Yellow Kid existe encore?” Je suis devenu ce faux jeune pathétique qui répète en boucle qu’il avait leur âge il n’y a pas si longtemps, que la vie file en un claquement de doigts, que c’est impossible qu’ils ne connaissent pas ce son, c’est un classique, pas comme leurs merdes actuelles. Qui mettrait sa main à couper que 2004, c’était il y a 5-6 ans grand max. Qui passe plus de temps à disserter sur qui est le plus fort entre Hulk et Bucky avec un gamin de 4 ans, qu’à faire de la figuration coincé entre un mec bourré et une enceinte au bord de l’explosion. Qui téléphone dès qu’il le peut à sa grand mère. Qui se surprend à faire un dossier pour classer les papiers administratifs, c’est plus facile de les retrouver comme ça. Qui ne différencie pas les deux faces d’une même pièce, comme Harvey. Qui trouve ces baskets trop grosses, cette veste trop colorée, cette fille trop fade. Qui fait un bilan de santé au lieu de dire que ça va passer, comme d’hab. Qui devient ce qu’il devait être. Un Josh Baskin qui ne cherche plus à retrouver Zoltar, parce qu’il a compris que le lit superposé est dans la tête, pas dans le salon.

On m’a dit “Est ce que tu vas revenir un jour?” J’aimerais dire que je ne suis jamais parti, mais ça serait mentir, une fois de plus. J’aimerais dire que c’est le début d’un nouvel arc, le dernier tome, le tour d’honneur qui réunit les visages familiers et les curieux. Zidane en 2006, Jordan en 2001, les retours finissent souvent mal, comme un coup de crayon en trop. Mais la vérité, c’est que je n’en ai absolument aucune idée. Tout ce que je sais, c’est que je viens de donner 23 euros à OVH pour renouveler mon hébergement pour un an. Ca serait bête de les gaspiller.

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6 Responses to Recherche de la Mise à Jour

  1. Black DoubtFire says:

    Back dans les bacs !!

  2. Delphine says:

    Encooooooooooooore!
    (Et merci!)

  3. F says:

    De mon côté, après deux ans de rien j’ai résilié mon abonnement hier.

  4. Ma Rine says:

    Merci. J’éloigne de plus en plus mes visites sur le blog, espérant depuis un an toujours qu’un nouveau post vienne se greffer en première page.

    Le jour où tu ne lâches plus ses 23€, préviens, que je sauvegarde quelques phrases si bien pensées qui raisonnent parfois dans ma tête.

  5. Candice says:

    Alors j’ai atterri là, après un énième like instagram, en me disant, “purée ça faut longtemps que j’ai pas été voir son blog, c’était sympa”. Et puis voilà. Bon je me doutais bien que c’était la fin puisque je ne voyais plus de RT sur ma timeline, mais je me doutais pas que j’allais trouver ça. J’ai le droit de dire que c’est le meilleur article. que t’aies jamais écrit ici ? Bon c’était drôle ce que tu disais. Mais moi je préfère la vraie vie. Et là, c’est la vraie vie. Et en plus qu’est-ce que c’est bien écrit. Bon du coup je vais aller lire ce que t’écris ailleurs parce que je n’étais même pas au courant. J’ai envie de te dire change pas, mais en fait si, change, n’arrête pas de changer surtout. C’est beau.

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