We Were Once A Fairytale

Je suis une odeur, un goût salé, un surnom. Je suis un pont, une station de métro, un banc, un resto, un escalier en colimaçon. Je suis un mouchoir oublié sous un coussin, un dimanche fade, un vieux bas de survêt au fond du panier à linge sale. Je suis la peur de s’endormir, l’envie et le dégoût, la flemme de devoir tout recommencer. Une habitude tenace dont il faut se défaire. Une blague que personne d’autre ne comprend. Un oeil qui cherche en vain un regard complice dans une soirée trop longue. Je suis une boisson, un pull, un gel douche entamé, une boîte de thé, une brosse à dent sans gobelet. Un cadeau qui attend d’être offert. Deux oreillers empilés. Une paire de pantoufle orpheline, une bougie trop parfumée, un vin qui tourne, un deuxième trousseau de clés. Je suis une chanson en boucle. L’inspiration. La prise de conscience tardive. Je suis ailleurs, déconcentré, laissant les heures s’écouler hors de cette bulle. Je suis un visage fermé, un sourire de circonstance, une circonstance aggravée. Je suis le manque. L’ennui. Je suis la maladresse au moment de se dire bonjour, le vide à combler par tous les moyens, une couche de poussière qui masque la réalité. Je suis l’espoir chaque fois que le téléphone vibre. La paranoïa qui ronge le bide comme de l’acide. Le souffle coupé qui imagine d’autres mains. La honte d’y croire encore secrètement. Je suis ce putain de message de 3h du mat’. Je suis tellement ridicule. Je suis 4 portraits noir et blanc format Photomaton, des projets effacés, un dossier dans une boîte mail. Le mauvais souvenir dont on rit, le bon dont on pleure. Je suis le temps des papillons, je suis ce que nous ne serons plus. Je suis un jour de pluie en été. Je suis l’incompréhension. Je suis un T-Shirt trop grand, un coeur dessiné à la main, des cheveux coincés dans la grille de douche. Des ongles sur la peau. Une série inachevée, un billet de cinéma dans la poche de derrière, une note griffonnée sur un livre. Une parenthèse sur une page tournée. Une accumulation de détails qui s’entassent comme de la vaisselle crade, dans laquelle je me baigne inlassablement. Je suis le milieu du tunnel, lorsque tu ne discernes plus ni le début ni la fin. Je suis un proverbe éculé, un discours bateau tombé dans l’oreille de Van Gogh, une explication évasive, de grandes paroles creuses. Je suis ces instants qui ressurgissent sans prévenir et qui restent accrochés au corps, un coup de soleil apaisé par une douche chaude. Je suis elle, lui, toi, moi. Je suis partout, mais je ne suis pas là.

This entry was posted in Ecriture and tagged , , , , , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *