L’édito de la fin du monde

On est le 21 décembre, et le monde tel qu’on le connait est censé disparaître aujourd’hui. Toujours rien pour l’instant mais avec le décalage horaire, on sait jamais. Faut être préparé. Je regarde par la fenêtre de temps en temps, sans trop savoir ce que je dois apercevoir. Une météorite qui déchire les nuages, une vague gigantesque qui engloutit la Tour Eiffel, un escadron de pigeons qui fuit un terrible cyclone. Et tout ce que je vois, c’est mon reflet dans la vitre embuée. J’ai prévu des habits pratiques s’il faut courir, nager, traverser les flammes ou tirer ma famille d’une carcasse sur le point d’exploser. Mais comme je ressemblais à un prof de sport du collège moulé dans son survêtement Panzeri, j’ai finalement privilégié l’aspect esthétique. Finalement, quitte à mourir, autant être présentable, peu importe qui m’accueille de l’autre côté. Au cas où, j’ai aussi laissé une boîte chez moi, avec un condensé de ma vie. Des conneries avec un sens que moi seul comprend, enfin, quand j’arrive à me souvenir pourquoi ces merdes sont encore dans mon placard. Comme pour laisser une trace, avoir l’impression que quelque chose me survivra. Dans des yeux d’enfant, comme un revenant, d’un amour vivant. Par contre j’ai pris ma paire de Yeezy sous le bras, peut être qu’un rescapé me l’échangera contre de la viande et du pain quand la monnaie n’aura plus cours dans la nouvelle civilisation. Après tout les gens sont fous. En tout cas si tout finit ce soir, on pourra pas dire que le season finale aura été grandiose. 2012 véritable année de merde, et j’ai le sentiment qu’on partage autant cet avis qu’un Kinder Bueno. C’est un peu comme si tout avait choisi de se casser la gueule en même temps, comme si la chance avait enfin décidé de tourner. Les gouttes sont trop nombreuses pour se faufiler, elles s’accrochent sur les joues, glacées, inévitables. La sensation d’être dans l’une de ces séquences d’Uncharted où chaque prise lâche, où chaque chute en entraîne une autre, jusqu’à tomber au fond du trou. Le monde s’est dit que de toute façon on baissait le rideau avec l’hiver, alors autant aller jusqu’au bout, live fast die cold. L’apocalypse approchant on exagère forcément l’intensité dramatique, mais en gros l’idée est là. Solde de tous comptes, le moment est venu de régler l’addition, et le pourboire n’est pas inclus. Un regard en arrière pour me rendre compte que j’ai tellement cédé à mes envies qu’elles figurent sur mon testament, au détriment du reste. Alors j’ai les poches vides mais les bras remplis d’épaules, et quand je regarderai le deuxième soleil illuminer la surface de la Terre pour la dernière fois comme si on était sur Tatooine, j’aurai une seule certitude: chaque branche de l’arbre généalogique qui tombe renforce la racine. Et je sourirai.

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2 Responses to L’édito de la fin du monde

  1. Marin Graye says:

    2012, année de merde… AH BON ??

  2. Wolfus says:

    Aaaaannnd Cut! Great, wonderful!
    Non sérieux je lisais ton article et j’avais l’impression d’écouter le message d’un leader face à un groupe de survivant. “ET NOUS RECONSTRUIRONS CETTE VILLE, ….” J’allais te suivre et t’aider avec tes références de gamer, de geek je me suis laissé emporter par la prose et la symphonie de ton texte.

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