Le jour où j’ai gagné à l’Euromillions

Je suis totalement fasciné par le destin. Cet enchaînement d’évènements anodins indépendants de ta volonté, dont le seul but est de converger vers un instant unique où tout prend son sens. Depuis quelques jours des billets traînent au fond de mon portefeuille, butin durement récupéré après une vente à couteaux tirés (enfin, c’était plutôt des tournevis, mais c’est une autre histoire). Tous les jours je me dis que je dois les déposer à la banque et tous les soirs je me traite de con, quand je me rends compte que j’ai encore oublié. Ce matin là j’y pense enfin, mais j’ai besoin de monnaie (la raison n’est pas très importante). Fait rarissime me concernant, vu que j’utilise ma carte de crédit comme d’autres utilisent du Synthol, pour tout et n’importe quoi. Billet de 50 euros en main, je fais un crochet par le bureau tabac, les seuls susceptibles de me rendre service dans le coin et de casser ce bout de papier jaune. Sauf que la jeune chinoise derrière le comptoir qu’elle vient tout juste de racheter à un vieux marocain est pire que dure en affaires. Elle insiste pour que j’achète au moins un truc, même un billet de Loto à 2 euros. “D’ailleurs ya une cagnotte record ce soir à l’Euromillions, si ça se trouve vous allez gagner hein”. L’impression qu’on est déjà en train de négocier son pourcentage en cas de bonne nouvelle, et qu’elle va réussir à ma refourguer une cartouche de cigarettes au passage, même si je fume pas. Je cède, première fois de ma vie que je donne de l’argent à la Française des Jeux (les pochettes cadeaux de Noël ça compte pas). Je jette le ticket au fond de ma poche sans regarder les numéros, ni la route, et je manque de me faire écraser par une voiture qui me frôle plus qu’une meuf bourrée dans une soirée zouk love. Effrayant. J’ai regardé la mort dans les yeux, et j’ai prié pour qu’elle louche, histoire de finir la journée tranquille.

Puis vient le moment inévitable dans ce genre de situation, quand au moment de te coucher tu te souviens que tu as acheté un billet de Loto qui peut potentiellement se transformer en carte de membre du club des millionnaires: tu fantasmes sur tout ce que tu ferais si tu devenais riche du jour au lendemain. Dans les moindres détails. En général, c’est une discussion que tu as à 4h du mat’ avec tes potes pendant que vous jouez à Fifa. Ca rêve de Clio au poignet, de Lamborghini sous les fesses, d’appartements aux 4 coins du monde payés cash, de voyages en jets privés comme Vinnie Chase, de shopping à Tokyo en revenant de New-York, de collections complètes Neo-Geo, de donner des millions aux parents, de faire construire des écoles (pour la bonne conscience), de cracher à la gueule du patron. Des heures à calculer toutes les sommes et configurations possibles. Au final j’ai très peu dormi, mais surtout à cause d’un moustique de merde et de “Game of Thrones”, c’est dur de t’arrêter une fois que tu as commencé. Yeux collés au réveil comme Scott Summers, la grande vie coincée entre les oreillers, loin derrière moi comme si elle défiait Usain Bolt au 100m. Avec le soleil les songes s’effacent, alors au final je n’ai même pas pris la peine de regarder les résultats du tirage. Après tout, 100% de ceux qui n’ont pas tenté leur chance n’ont pas perdu. Et puis j’aime bien l’idée d’avoir un ticket de Loto sans savoir s’il est gagnant, comme la Mystery Box encore fermée de J.J. Abrams. Un bout de magie à portée de main, une fenêtre ouverte sur un chemin qui transforme les rêves en objectifs.

 

 

 

 

Bon je vais quand même vérifier le tirage, juste par curiosité. Au cas où, on sait jamais.

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One Response to Le jour où j’ai gagné à l’Euromillions

  1. Spip' says:

    Agréable à lire, la fin me rappelle le morceau comme un aimant de chiens de paille ( de mémoire) ” cette lettre c’est p-ê tout et n’importe quoi, mais ne rien savoir laisse une touche d’espoir rare à notre endroit…”

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