Au grand air

Je me suis toujours demandé ce qu’on ressentait dans ces moments là. Même si j’étais pas trop pressé d’avoir la réponse à vrai dire. Dans les films ça paraissait stylé pourtant, un truc classe que secrètement tu aimerais bien faire au moins une fois dans ta vie. Comme boire du champagne dans des gobelets rouges pour le mariage de ton pote, ou payer une tournée à un groupe de jolies filles et partir sans un mot, avec un petit sourire. Ce genre de clichés débiles qui ont nourri ton adolescence jusqu’à la nausée. Mais parfois, il vaut mieux ne pas savoir. Et maintenant je suis là, essayant de poser un pied devant l’autre sans faire de croche-pattes à celui qui marche devant moi. J’essaie de me concentrer sur la cadence, de diriger toutes mes pensées vers ce mouvement unique, jambe gauche d’abord. Pour ne pas penser à ce que je suis en train de porter réellement, aux regards troubles posés sur moi, au poids sur mon épaule, et sur ma poitrine. Pendant une seconde, j’ai l’impression d’être dans la scène finale de Rasta Rockett, l’ovation en moins. J’ai envie de demander à Sanka s’il est mort mais je connais déjà la réponse, alors je culpabilise et je baisse un peu plus la tête. Je n’entends aucun bruit. Ni la musique qui résonne contre les murs froids, ni le brouhaha autour de nous. Juste le silence. Les yeux fixés sur la moquette usée, suivant des courbes orangées qui partent se cacher sous les pieds en bois vermoulu et les chaussures cirées. Joli contraste. Je resserre la poignée, le cuivre s’enfonce encore un peu plus dans mon épaule, ma chemise se froisse, ma bouche aussi. Ca paraissait moins lourd quand c’était posé pourtant. Ou peut être que c’est moi qui ai présumé de mes forces en fait. Ces quelques mètres semblent interminables, cette journée aussi. J’aimerais être ailleurs, à boire du jus d’orange et du lait mélangés en prétendant que c’est du Danao. A découper des photos de famille pour effacer les conjoints divorcés, à arpenter des chemins de montagne en août, à regarder le soleil entre les branches jusqu’à en avoir les yeux qui pleurent.

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