L’édito de la fin de la semaine

Un poil dans la main, une poussière dans l’oeil. Du sang séché sous les paupières. S’attarder sur les détails pour ne pas voir l’ampleur désertique, comme Descartes qui tente un coup de poker. Foutu goût d’inachevé qui ne quitte pas ma bouche, et reste coincé entre les dents comme des graines de pavot ou des compliments spontanés. L’esprit comme une valise la veille du départ en vacances: au bord de l’explosion, bourrée de futilités qui ne laissent plus aucune place pour l’essentiel. Ne pas laisser le regard dériver trop longtemps, sourire, faire semblant de te croire, être celui qui donne envie de rester, pas de rouler des yeux en espérant inverser le sens de mes lèvres. Tentative désespérée de me transformer en bon ami, en confident, en béquille. Mais à discuter avec soi même on finit par oublier les silences, persuadé que la présence est suffisante. Fuir les vivants pour mieux fuir la mort, comme un mal contagieux, ne pas trouver les mots, ni le temps. Eluder les problèmes en pensant qu’ils se résolvent d’eux même comme dans une série américaine, sans se rendre compte que les scénaristes sont toujours en grève. Eliminé d’un concours de circonstances pour ne pas avoir rendu son devoir de mémoire à temps, tellement anxieux de ne pas pouvoir réviser avant un examen de sang. Se retourner sans cesse pour voir les traces laissées dans les sables du temps, comme un chien qui court après sa queue, ou une chienne qui court après celle des autres. La nuit en guise d’écharpe, messages subliminaux à peine cryptés qui s’entassent à la va-vite, jusqu’à crier Jenga puis ramasser les bouts de langue de bois. Officiellement le numéro 73 mais comme on dit, l’humanité compte plus de défunts que d’êtres en vie. Et mon disque dur aussi.

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