L’édito de la fin de la semaine

Avant toute chose, je veux m’excuser de ne pas avoir donné de nouvelles plus tôt. Mais bon, c’est pas de ma faute, j’ai été retenu on va dire. Les dernières semaines ont été plutôt… Je ne sais même pas par où commencer. Il sont venus me chercher un jeudi de mémoire, je m’étais encore endormi devant la télé, comme d’hab. Une autre de ces soirées où je me promets de faire des milliers de choses, avant de finalement regarder l’ombre des heures défiler sur mon plafond. Tout est allé très vite, j’ai pas vraiment compris sur le coup. Même quand mon arcade a éclaté à cause du vieux bottin qui pue le tabac froid et la sueur, je n’ai pas réalisé. Alors j’ai fait ce que je sais faire de mieux, j’ai laissé les réponses pourrir dans ma bouche entre mes dents fraichement cassées, le regard fixé sur la peinture écaillée à cause de l’humidité ambiante. Ca a duré des heures, ou des jours, je ne me souviens plus. Ils me répétaient des phrases dénuées de sens, hurlaient des noms inconnus, brandissaient des photocopies de ma messagerie Facebook. Et au milieu de tout ça, des mots revenaient à intervalles réguliers, prison ferme, réputation, outrés, atroce. Mais bizarrement, à aucun moment ils n’ont évoqué l’erreur judiciaire. Il parait qu’il faut mettre du froid sur un hématome pour qu’il se résorbe, mais d’expérience je peux vous dire qu’une planche en bois glacée, ce n’est pas la solution la plus efficace. Et puis un matin, sans savoir pourquoi, on m’a libéré. J’ai presque eu du mal à lâcher ma couverture aux effluves nauséabondes de pisse et de je ne sais quoi. Quand je suis arrivé chez moi, ma boîte aux lettres débordait de lettres d’insultes, et mes voisins avaient balafré ma porte avec la bombe de leur fils. Une chose est sûre, Banksy n’habite pas à mon étage. Volets fermés comme Christophe Maé, cloitré dans un coin de mon salon, entouré de bouffe recouverte de mousse verdâtre. Sortir pour mieux s’enfermer. Le sol a joué au bonneteau avec le plafond, les murs se sont rapproché de mes épaules, et j’ai fini par suffoquer. Alors pour pouvoir respirer, j’ai passé une vieille ceinture en cuir autour de mon cou, et j’ai serré. Ils font des trucs plutôt solides chez Célio en fait. L’impression d’être ivre, détendu, sourire aux lèvres. Une dernière pensée pour ceux qui m’ont abandonné par peur de subir eux aussi les foudres de la populace, qui juge plus vite que les véritables tribunaux. Je ne vous en veux pas. Et je ne t’en veux pas à toi non plus, qui a pensé que ça serait marrant de mettre une photo de moi nu derrière des enfants sur un site de vente en ligne.

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4 Responses to L’édito de la fin de la semaine

  1. Morray says:

    xanax

  2. Cassius says:

    Bon ça va pour cette fois alors.

  3. Amine says:

    Énorme la chute.

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