Goût fraise

Elle mâche des chewing-gums à la fraise, tous les jours. En fait ça marche par période: elle consomme jusqu’à l’écoeurement, jusqu’au rejet, qui peut durer plusieurs semaines. Puis revient le manque, le vide, et elle craque. Cycle infernal dont elle ne veut pas sortir dans le fond. Elle court après ce plaisir coupable, ces quelques minutes de magie sucrée où tout est intensément rose. Alors elle mâche sans relâche jusqu’à ce que le goût disparaisse, de plus en plus vite avec le temps. Elle enchaîne les tablettes et les dragées, n’importe où, n’importe quand. Une réserve constamment à portée de main, au cas où, histoire de se ménager une porte de sortie. Elle abandonne des bouts durcis dans son sillage, trophées honteux collés sous une table ou sur un banc public, triste collection sans but véritable. Sourire solaire, elle souffle dans des bulles qui éclatent au gré de ses envies, enroule ses doigts dans des noeuds sans fin. Et tant pis pour les éventuelles caries, la couverture des copines est bien plus efficace que la meilleure des mutuelles. Mâchoire aux mouvements mécaniques, elle grince des dents pendant son sommeil en rêvant du chewing-gum idéal, qu’elle s’empresserait d’enfermer dans un bout de kleenex pour mieux le jeter à la poubelle. Pas de traitement de faveur. Elle préfère cette quête effrénée de sensations éphémères, se sentir exister dans la douleur, par crainte de se retrouver dépendante d’un bout de douceur si elle se laisse aller. Elle mâche des chewing-gums à la fraise, tous les jours. Et ça lui donne une odeur de bonbon.

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2 Responses to Goût fraise

  1. Jean todd says:

    Nul.

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