Les grands moments de solitude

Il parait que le jour de ton mariage, tu te déplaces sur un nuage magique comme Son Goku, les heures passent plus vite que dans la salle du temps de Mister Popo et tu ne te souviens de rien comme Broly. La plupart des gens mariés vous le diront: cette journée n’est ni fabuleuse, ni catastrophique, elle passe juste sans que tu t’en rendes compte. Et ça tombe bien parce qu’il y a toujours des gens qui choisissent ce jour précis pour mettre ta patience à rude épreuve, comme s’ils avaient serré les dents toute l’année et qu’ils pouvaient enfin tout lâcher sur les robes blanches. Bon j’avoue, j’ai fait partie de ces gosses qu’on veut égorger avec un couteau édenté et rouillé lors des mariages, parce qu’ils enchaînent plus de conneries improbables que François Perrin.

En même temps comment pourrait il en être autrement? Un mariage, ça finit jamais, tu te tapes le combo civil + religieux avec des trajets interminables à 150 voitures entre les deux, tout le monde se rue sur le buffet et il ne te reste plus rien parce que t’es tellement petit que le serveur t’a pris pour un tabouret et ne t’a rien proposé l’enfoiré. Et puis quel enfant aime être en costume quand son âge affiche tout juste deux chiffres? Interdiction de te rouler dans l’herbe, de courir partout, de défaire ton noeud papillon tant qu’on t’a pas pris en photo avec une tante que tu ne connais même pas, pire que le goudron et les plumes. Alors tu t’occupes autrement, loin du regard autoritaire de ceux qui aiment mettre des cravates assorties à leur gilet. Je me souviens d’un mariage dans un grand hôtel, il y avait une borne d’arcade avec Sonic 3 qui nous a hypnotisé pendant des heures, même le gâteau ne nous a pas stoppé dans notre quête effrénée des Chaos Emeralds. Les adultes se sont maudits pendant des jours entiers de ne pas avoir appliqué cette solution plus tôt. Pour le mariage de mon oncle par exemple.

Ce jour là, comment dire, on avait dû regarder Warriors avant de dormir je pense. Ou peut être qu’on était tout le temps des têtes à claques en fait, et que je ne m’en souviens pas. Enfin bref. Outre les conneries de niveau 1 habituelles, on avait décidé avec mes cousins de frapper un, ou plutôt deux grands coups. Plan d’attaque façon Ocean’s 11, préparatifs façon The A-Team, et on le savait pas encore mais plus tard, punition façon Midnight Express. On a commencé par attaquer l’endroit le plus facilement prenable pour une équipe de jeunes goons: les toilettes. La mission était simple, on se cachait dans les WC en attendant qu’un adulte vienne effectuer sa vidange, et une fois la porte de son espace intime refermée et le pantalon au niveau de ses chevilles, on le bombardait de papier toilette imbibé d’eau savonneuse. Pearl Harbor, en pire. Canardés par des missiles blancs pendant qu’ils larguaient des torpilles marrons, les gens devenaient fous et s’égosillaient, prisonniers de cette cuve comme dans les Thermopyles. Et forcément, on éclatait de rire et on détalait tels des cafards malfaisants fuyant le champ de bataille dévasté, trempés de la tête aux souliers cirés, les habits couverts de lambeaux de papier Lotus. Une répression sévère sur nos joues est venue mettre fin à la première phase de l’opération. On est donc passé à la phase 2.

Quand tu assistes à un mariage et que tu as moins de 20 ans, tu te retrouves inévitablement assis à ce qu’on appelle “la table des petits”. Et pour que la pilule passe, on essaie de te faire croire que ton menu est bien plus appétissant que celui des grands, mais oui regarde tu as de la purée, c’est franchement mieux que le foie gras et le saumon je te jure. En général il y a un parent qui se dévoue (sacrifie) pour surveiller l’équipe, mais il craque toujours quand il voit que sa table est servie la première, et que son voisin de festin commence à lâcher des dossiers secrets sur lui, les absents ont toujours tort. Donc une fois débarrassés de notre Bellick improvisé, on a repéré l’inconnu le plus fragile de la tablée, 6 ans tout au plus, et on s’est réparti les rôles. Pendant que l’un de nous détournait son attention, un autre versait dans son verre le vin dérobé par un troisième à une table adjacente. Après 4 bonnes gorgées en 5 minutes (“mais si bois, c’est bon pour les muscles comme Popeye” étant un argument infaillible), le futur alcoolique anonyme jetait ses couverts en l’air, dansait sur sa chaise et hurlait des paroles incompréhensibles, ambiance déchéance chez les Popples. Il s’est débattu comme un beau diable quand ils ont essayé de la maîtriser discrètement, et il convulsait encore sur “Début de Soirée” lorsque ses parents l’ont trainé jusqu’à la voiture pour un départ prématuré, enveloppés dans la terrible couverture de la honte, feignant de ne pas entendre les chuchotements consternés. Nous on a rigolé comme des truies tant qu’il nous restait encore des dents, avant de se faire dérouiller au pied de biche comme Jason Todd. Puis avec le temps, j’ai appris à trouver un intérêt aux mariages, et je suis même devenu celui qui gronde les petits gremlins. Non pas à cause de leurs conneries, mais parce que cette nouvelle génération me déçoit un peu par son manque d’imagination. A mon époque au moins, on savait comment rendre les adultes hystériques.

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2 Responses to Les grands moments de solitude

  1. Popo says:

    Les deux premiers paragraphiques retranscrivent à merveille mon vécu ce jour là! Toujours aussi bien détaillés tes textes!

  2. HipHopYT says:

    Génial le texte !!! ^^

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