L’édito de la fin de la semaine

Il n’y a que deux choses certaines dans ce monde: la mort et les taxes. Et quand on reçoit sa déclaration d’impôts, il devient facile de penser que les deux sont intimement liées. Il paraît que la mort n’est qu’une étape mais qu’importe, tant que personne n’aura livetwitté ce qu’il se passe une fois que tu as rendu ton dernier souffle, le mystère restera entier. Et la peur aussi. J’ai toujours eu du mal avec la notion de mort, avec l’idée que tout s’arrête d’un coup pour toi alors que le monde poursuit sa rotation inexorable, le groupe avance sans attendre que tu aies fini de refaire ton lacet sur le côté de la route. C’est un peu comme une nuit éternelle passée en boule sous la couette parce que tu redoutes le noir, sans jamais pouvoir trouver la lumière, ni même en avoir conscience. En attendant, je ne trouve pas le sommeil, même si je sais que l’humanité compte plus de morts que de vivants et qu’il faut s’en accommoder.

Je réfléchis souvent aux 6 millions de façons de mourir, et je crois qu’il n’existe pas de belle mort au final. Je ne veux pas disparaître pendant mon sommeil, je veux sentir la vie me quitter, regarder une derrière fois les visages autour de moi, savoir que le moment est venu, peut être souffler une ultime blague pour tenter de dédramatiser la scène. Ne pas partir par l’issue de secours, lampadaires éteints et boutique fermée. Ne pas réveiller mes enfants avec ce coup de fil nocturne tant redouté. Je veux pouvoir mettre de l’ordre dans mes affaires, que tout soit rangé lorsque commencera la lutte pour se partager ce que je n’ai pas pu emporter. J’ai souvent en tête ce dialogue des Experts, où ils expliquaient qu’à force d’entrer chez des victimes, ils nettoyaient toujours chez eux le matin avant de partir au boulot, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver et qui peut entrer chez toi le soir même. Alors autant rendre sa visite un peu plus agréable et facile, si tant est que cela soit possible.

Egoïstement, je crois que j’ai toujours voulu partir le premier, avant les autres. Non pas parce que je pense être le meilleur, mais parce ce que pire que la mort, c’est la mort de mes proches qui m’angoisse. Je dois être un lâche dans le fond, pour refuser d’affronter ce que des milliards d’autres ont déjà surmonté mais plus je l’envisage, plus ça me semble au dessus de mes forces, et j’en ressors le coeur percé comme Stanley Goodspeed. J’aimerais figer l’instant pour toujours, trouver la porte de la salle du temps gardée par Mister Popo, tatouer Forever Young sur ma peau, continuer de vivre en prétendant que je suis Phil Connors le jour de la marmotte, faire semblant de ne pas voir les rides se creuser et les cheveux blanchir. Alors je dissimule ma peine dans les mêmes baskets que je portais il y a 20 ans, sous un tas de jouets hors de prix ou dans un jeu vidéo qui me tient éveillé jusqu’à 5h. Et je tire les rideaux pour ne pas voir tourner le monde derrière ma fenêtre.

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5 Responses to L’édito de la fin de la semaine

  1. Bkwan says:

    Moi qui essayait de dormir, j’avais oublié que j’allais crevé un jour. Damn.

  2. kytch says:

    Ouaou!!!

  3. ink says:

    je suis comme toi ,moi meme avec un gosse , je crois que j ai toujours 20 ans mais helas j en suis bien loin aujourd hui !!!!mais maintenant je commence vraiment a ressentir mon vrai age et je flippe!!!!!!!!!!!!!et mes joujoux de grands je n arrive pas a les preter………..

  4. Antipode says:

    Je crois que ce post est LEGEN…. wait for it… DARY!!
    Si ça peut te rassurer, il te survivra et restera dans la postérité, il n’y a de mort qu’IRL

  5. boulehya says:

    Sean Parker à déjà du te le dire : “enlève le THE”… de “THE yellow kid”. si tu as le même destin que facebook aprés avoir suivis ce commentaire tu ne m’oublieras pas hein stp ! merci d’avance!

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