Toi, moi, les autres

C’est toujours compliqué de trouver par où commencer. Il paraît qu’on a qu’une seule première impression, et je n’ai jamais été bon pour engager des conversations. Je suis du genre à sortir une blague nulle que moi seul comprend, à bégayer, à être timide lorsque je parle à une jolie fille, mais passée la première minute de loose absolue je me pose moins de questions et ça roule comme une jeep sur des chemins de traverse. Tu vois par exemple là, je suis déjà plus détendu à te raconter ces trucs inutiles, et dans une seconde je blaguerai même avec toi en te disant que je n’irai pas voir ton film. Et ce ne sera pas vraiment une blague en fait parce que je n’irai pas, pour vrai comme on dit à Montréal.

En fait, j’ai peur que le tableau parfait soit gâché par un cadre inapproprié. Je ne remets pas du tout en question ton talent, mais le fait est que je préfère te regarder évoluer hors du grand écran. T’observer toi, saisir ces instants d’inattention où tu laisses la carapace se fissurer. Deviner les moments où tu retires ton masque d’actrice pour en mettre un d’argile gommante, où tu laisses tes yeux traîner dans le vide en pensant que personne ne s’en rend compte, où tu restes en pyjama les volets fermés devant la télé parce que tu te trouves moche. Tu dois penser que je suis un stalker, un pervers qui va grimper à la gouttière de l’immeuble pour jeter un oeil par ta fenêtre pendant que tu dors mais tu te trompes, j’ai le vertige donc je me ferai plutôt passer pour un voisin qui vient vérifier s’il n’y a pas de fuite chez toi parce que chez moi c’est inondé, et je volerai un stylo et un parapluie que je cacherai précieusement dans mon casier secret pour garder leur odeur. Juste à côté de mon pin’s Aaliyah.

Je ne cherche pas à te convaincre, je me doute bien que des milliers d’autres se sont déjà cassés les dents en essayant de t’arracher un sourire autre que celui avec lequel tu les repousses gentiment. Mais je reste convaincu que cela ferait une belle histoire à raconter, un “Notting Hill” à la française, une légende à laquelle tout le monde aurait envie de croire. On se verra en secret, tu répondras de manière gênée lorsque Ruquier te demandera si tu es célibataire, et je sourirai en t’attendant dans ta loge. J’apprendrai à ne pas être jaloux de ces autres avec qui je devrai te partager, je glisserai dans mes posts des messages codés que toi seule comprendras, tu m’en voudras pour mes blagues de mauvais goût et tu prétendras ne pas me connaître lorsqu’un proche t’enverra ce lien en disant que je suis ridicule. Puis un jour tu partiras, parce que je gâche toujours tout en fin de compte, même lorsque je ne le veux pas. Et j’aurai un pincement au coeur chaque fois que je te verrai sur un plateau, rayonnante, incapable d’accepter qu’une personne soit heureuse loin de moi. On me dira que c’était couru d’avance, et le temps aidant j’écrirai un Edito bourré de doubles sens pour tourner définitivement la page, ou du moins pour essayer de m’en convaincre, car on ne chasse pas le brouillard avec un éventail.

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2 Responses to Toi, moi, les autres

  1. Dina says:

    Mon premier commentaire sur un blog (oui oui pour de vrai) juste pour te dire que hélas, oui hélas, Leila a un namoureux!
    Elle vient de lui faire une “kasdédi” aux césars ;(
    Pas grave, il reste moi.

  2. Silva_spoon says:

    Putain!! Dina M.E.R.D.E!!! voix-approprié ‘s voice) Tu f*** ch*** a l* f*n, en la regardant aux Césars, mon inconscient a du éluder la dédicace à son cher et tendre: je vivais dans le fantasme platonique du célibat de Leïla…T’as tout niqué.Mer(d)ci infiniment…C’est fou, ce qu’elle dégage doit être une évidence, car je pense exactement la même chose que Mr. Yellow

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