Les grands moments de solitude

Blague Carambar: Qu’est ce qui est long, rose et qui fait fantasmer toutes les filles de 18 ans? Réponse: Le permis de conduire. Ce papier qui rend fou et qu’on peut désormais obtenir pour 45 euros au Sénégal grâce à Enquête Exclusive. Il y a ceux qui ont eu le permis l’été de leurs 18 ans, ceux qui ont tardé, et ceux qui ne l’ont jamais eu et se font charrier lors de chaque repas de famille. Personnellement j’ai dû attendre avant d’obtenir mon sésame pour la street, par manque de temps et surtout d’argent, étant donné qu’à l’époque je claquais la majorité de mes ressources en je sais pas quoi d’ailleurs, c’est fou les conneries qu’on fait quand on est jeune. Surtout derrière un volant en fait.

Il m’a fallu un an avant de m’inscrire en auto école, un an avant de me rendre compte qu’une voiture c’est quand même pratique. Fuck les grands groupes, j’ai choisi une auto école familiale, tenu par un pseudo bogosse façon Ben Affleck qui a porté une atèle au poignet pendant 6 mois, me demandez pas pourquoi. Pour le code tout s’est bien passé, si on met de côté le fait qu’avant chaque séance une zaïroise de 47 ans se sentait obligée d’aller aux toilettes collées à la salle de cours et de faire bruyamment pipi pendant une vraie minute, ce qui est énorme en terme de pipi. Première tentative, moins de 5 fautes, c’est bon pour moi. On peut pas en dire autant de mon voisin, qui passait le code pour la huitième fois et qui faisait encore 17 fautes. Je crois bien qu’il est parti en vacances au Sénégal l’été dernier d’ailleurs. Au bout d’un moment il faut se résigner, il y a des gens qui ne sont pas faits pour conduire, et si tu plantes systématiquement ton code, il vaut mieux en rester là. Parce que la conduite, c’est beaucoup plus difficile.

On peut même dire que ça devient mission impossible si ton connard de moniteur utilise ses pédales pour te faire piler à un passage piéton, histoire de regarder le cul bombé de la MILF qui attend pour traverser. Ou qu’il appuie sur le klaxon pour apostropher des étudiantes que forcément tu recroises en amphi le lendemain et qui se foutent bien de toi. Sans oublier les remarques incompréhensibles du type “à gauche dans deux feux et demi, puis à droite après le sens interdit qui se trouve dans ton rétro, fais attention au frein moteur et au niveau d’huile quand tu règles ta ceinture”. Même si ça pouvait devenir drôle quand il était un peu bourré et qu’il criait simplement “couuuupe” ou “tu vas te faire pousseeeer” à un croisement. Tant bien que mal, je suis venu à bout de mes 20 heures la veille de l’examen. Je suis arrivé détendu, un dossier gros comme les Pages Jaunes sous le bras, en me répétant en boucle “1 trait: danger, 2 traits: sécurité” et sans savoir ce qui m’attendait. Et c’est tant mieux.

Je tiens à préciser à ceux qui n’ont pas encore passé leur permis que ça ne sert à rien de calculer un ordre de passage ou de réfléchir en terme de quota, si vous êtes bons vous serez reçus, qu’importe ce que font vos camarades d’infortune. Point barre. Même si dans mon cas c’est pas forcément vrai, j’avoue. A mon époque l’examen se passait en deux temps: un premier candidat faisait un trajet de 20 minutes, puis il laissait sa place à celui de derrière qui s’occupait du retour. Je suis galant, je laisse la demoiselle ouvrir le bal, sans savoir que je viens de briser sa vie. Elle stressait tellement que son corps tremblait, limite crise d’épilepsie. J’ai même cru que le moteur était allumé et que la voiture roulait, alors qu’on n’avait pas encore bougé d’un centimètre. Elle s’installe, attache sa ceinture, recule son siège sur mes genoux, met le contact et attend les indications. “Ok mademoiselle, en sortant du parking on va à gauche, puis encore à gauche au rond point”. Jusque là rien de très compliqué. Sauf pour elle.

Elle s’est liquéfiée sur place, comme si l’examinateur lui avait demandé quel chiffre on obtenait si on divisait le poids total de la voiture par la taille de la banquette arrière, attention si vous vous trompez votre mère est froidement abattue dans la seconde. Elle a calé une première fois, puis elle s’est avancée jusqu’à la sortie du parking. Elle a pris à gauche, mais en se trompant de file, ambiance sens interdit au bout de 15 secondes de conduite. Son bourreau le lui a fait remarquer, elle s’est remise à droite avant d’arriver au rond point. Et là, j’ai jamais vu ça: elle a pris le rond point en sens interdit, en essayant de tourner directement à gauche. “A gauche en sortant du parking, puis encore à gauche au rond point”, logique. Heureusement que le moniteur a freiné sec parce qu’un utilitaire arrivait à fond en face de nous, nous promettant une mort certaine. Silence, suivi d’un “garez vous sur le côté et laissez votre place au jeune homme” glacial. Je crois bien qu’il y avait des larmes sur le siège conducteur quand je me suis assis. Alors forcément après ça, pas très compliqué de réussir ma prestation et de prendre direct l’autoroute des vacances, c’était sans doute un jour de chance, alors pourquoi penser au lendemain?

La semaine suivante, une fois mon permis provisoire en poche, mon père m’a fait passer une nouvelle épreuve, parce qu’il estime que les examinateurs sont tous des cancres et qu’il préfère se faire son propre avis avant de me prêter sa voiture. Et là, j’ai vraiment eu la pression. Pas d’heure de conduite supplémentaire en jeu, pas de nouveau forfait à payer, pas de honte devant les autres élèves, et pourtant j’ai transpiré. Parce que je savais qu’en cas d’erreur, j’aurais toujours mon permis, mais pas de voiture pour un bon moment. On est parti zoner un peu, vitres baissées et son à fond, décontraction apparente de rigueur, confiance en soi et maîtrise du véhicule. On aurait dit que j’avais piloté toute ma vie, j’étais prêt à décoller le A de la lunette arrière tellement je me sentais puissant. En rentrant, j’ai voulu finir en prince, m’en aller sur un coup d’éclat et porter l’estocade, bref, j’ai voulu me garer en marche arrière. Et je suis rentré dans un mur. Tout droit, sans sourciller, bim, collision violente entre le coffre et le ciment. Je pensais que mes derniers espoirs de liberté s’étaient envolés en même temps qu’un peu de peinture métallisée mais non, va savoir pourquoi, le weekend suivant je prenais la voiture pour un périple mémorable au Battle of the Year. Mais ça, c’est une autre histoire.

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5 Responses to Les grands moments de solitude

  1. Fred says:

    Mouahahha!!!
    J’ai découvert ton blog en cherchant des critiques sur le concert de Dreezy. Le billet était pas top l’ami il faut le reconnaitre, mais j’ai continué à lire ton blog et franchement je me pame à chaque fois!!! Sérieux tu m’as eu définitivement, en mode fan dévoué à vie ,avec la fusion Clayface et Sad Keanu (j’en rigole encore quand je suis dans le métro stp…).
    Et grâce à toi je chante que tous les hommes sont des salauds toute la journée, me forgeant depuis une semaine une réputation nouvelle…
    Bref! Je kiffe!

  2. yacine says:

    je crois que je l’avais ce jouet.

  3. Akar says:

    “Elle stressait tellement que son corps tremblait, limite crise d’épilepsie. J’ai même cru que le moteur était allumé et que la voiture roulait, alors qu’on n’avait pas encore bougé d’un centimètre.” => J’ai éclaté de rire. 😀

    Excellent billet, pour moi qui suis au code haha!

  4. nadinou says:

    Epic as usual

    J’avais aussi ce jouet TOMY et grâce a toi je ne vais plus dormir jusqu a ce que je le trouve sur Ebay pour le ranger sur l’étagère qui attend l’hypothétique réédition des Air force V.

  5. B2style says:

    Ca m’fait penser que j’ai toujours pas les moyens de m’y inscrire. Ou ptetre je ne me les donne pas. Enfin au final j’suis toujours pas inscrit.

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