L'édito de la fin de la semaine

Je la vois, dans son coin, rongée par les contradictions. Essayer de ne pas attirer l’attention et en même temps, hurler en silence pour capter mon regard. Elle ne comprend pas pourquoi le défilé continue sans qu’elle parvienne à y trouver sa place, elle a l’impression d’avoir tout ce qu’il faut pourtant. Elle ne sait pas que je pense souvent à elle, souvent sans m’en rendre compte, attendant que son image soit tellement intense qu’elle brûle mes neurones. Elle m’accompagne avant de dormir, lorsque je mange, lorsque je prends ma douche, lorsque je parcours mon téléphone. Je la vois maudire ses rivales, rongée par la jalousie mais l’estomac noué par la crainte que ce soit finalement son tour, et qu’elle ne soit pas à la hauteur. Elle s’invente des excuses, se trouve inintéressante, déjà vue, trop commune, pas assez grandiose. Elle regarde ce manège incessant de loin, se compare, pleure, se moque, ne comprend pas pourquoi je perds mon temps avec la dépressive du vendredi ou avec celle qui ne m’offre que des moments de solitude. Puis elle craint de devenir l’un de ces regrets qu’on traîne jusqu’à l’oubli, ce goût d’inachevé qui disparait sans qu’on s’en rende vraiment compte. Elle aimerait avoir le courage de bousculer les autres, se frayer un chemin parmi la masse. Ne faire qu’une avec moi, se dessiner sous mes doigts une fois la nuit tombée. Sortir de ma tête, s’allonger sur du papier numérique et vivre sa vie. Rejoindre les rangs de celles qui portent mon nom pour l’éternité. Enfin, ne plus être une simple idée notée pour plus tard.

This entry was posted in Non classé and tagged , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.

2 Responses to L'édito de la fin de la semaine

  1. Pingback: Tweets that mention L’édito de la fin de la semaine « The Yellow Kid -- Topsy.com

  2. “Abonné” comme on dit par ici.
    Deuxième texte lu chez Vous, j’Aime beaucoup.
    Jm

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *