La fois où je suis allé en hôpital psychiatrique

J’ai toujours eu du mal avec les hôpitaux. Comme tout le monde en fait, vu que ce n’est pas le premier endroit qui vient à l’esprit quand on pense à partir en vacances. J’ai la chance (jusqu’à présent) d’avoir passé peu de nuits entre des draps désinfectés qui sentent le vieux incontinent, mais chaque passage a été anthologique. Parce que forcément, tomber sur le seul interne serbo-turc qui ne parle que deux mots de français (en l’occurrence “oui” et “non”) et te renvoie chez toi sans broncher alors que ta main ressemble aux gants en mousse énormes qu’on voit dans les stades de foot US, ça n’arrive qu’à moi. J’ai aussi eu la chance d’expérimenter les techniques barbares d’arrachage de dents de sagesse. Aujourd’hui c’est devenu une opération plus légère qu’un string originaire de Copacabana, mais à mon époque c’était nuit à l’hosto + mâchoire de hamster + traces violettes sur les joues pendant 2 semaines. Quand je me suis réveillé dans mon lit après 3 heures d’opération, j’arrivais pas à parler, et j’ai du cracher les 2 litres de sang accumulés dans ma bouche. Imagine lorsque tu écrases un moustique qui vient juste de te piquer, multiplie par 1000 et tu as une vague idée de ce dont je parle. Il parait que mon cousin a galéré lui aussi après son intervention, mais on n’est pas arrivé à temps pour le voir de nos propres yeux.

Sans être un GPS ambulant, j’ai un sens de l’orientation convenable. Au moins 3 fois supérieur à celui d’une femme, même si c’est pas très difficile on est d’accord. Malgré tout, mon cousin avait beau habiter dans un trou perdu et pas très peuplé, à 8 ans, tout te paraît énorme et c’est vite compliqué de se repérer dans l’espace. Alors quand on a décidé de rendre visite à son frère qui venait de se faire arracher son dernier bout de sagesse (ce qui faisait de lui un complet petit con), j’ai eu l’impression d’être dans les Goonies et de partir à l’aventure. Cinoque inclus. Comme mon cousin a 6 ans de plus que moi, on a pu s’extirper des griffes parentales assez facilement. D’autant plus que les adultes ne connaissaient pas la facilité naturelle qu’avait mon cousin à se mettre dans des situations invraisemblables. Il y a des gens qui ont le don de toujours choisir l’option la moins logique et facile, celle qui aboutit inévitablement à une bonne claque en guise de punition quand tu rentres. Mon cousin en fait partie.

Avec le recul et une meilleure appréhension des distances, je ne comprends toujours pas comment on s’est perdu. Il doit y avoir à tout casser 1km entre la maison et l’hôpital et au moins 10 panneaux de signalisation qui indiquent le chemin. Tout ce qu’on a trouvé, c’est le moyen de se tromper de route. On devait marcher depuis 1h45 facile, quand on est enfin arrivé devant le bâtiment. Bizarre, il est pas comme dans mes souvenirs. Et je me rappelais pas qu’il fallait sonner à un portail pour qu’on nous laisse rentrer non plus. L’infirmière était super balèze, genre Xena la Guerrière, mais très gentille. Sûrement parce qu’elle était touchée de voir deux gamins en nage qui cherchent le troisième de l’équipe. Elle a dû nous prendre pour les neveux de Donald j’imagine. Mais aussi douce qu’elle soit, elle n’a pas retrouvé le nom de mon cousin dans le registre. Au moment où on commençait à insister, un patient est sorti de sa chambre. J’étais persuadé que toutes les personnes hospitalisées avaient minimum un bras en moins ou une énorme balafre ensanglantée sur la gueule, donc je n’ai pas trop compris pourquoi ce patient semblait en pleine forme, avec son survêt recouvert de vomi et sa coupe de méduse. J’aurais dû capter sur le coup pourtant. Il aura fallu que l’infirmière nous explique que les gens opérés des dents de sagesse, c’est dans l’autre hôpital, celui 500m plus bas, pour qu’on réalise qu’on s’était trompé. En même temps, l’équipe de sécurité qui ceinturait violemment les deux schizophrènes qui essayaient de se planter des fourchettes en plastique dans le bras à cause d’une histoire de compote et de Louis XIV, c’était un indice suffisant en théorie.

Une heure plus tard (rappelez vous, il y avait 500 mètres à parcourir), on est arrivé devant un long grillage. Plutôt que de nous présenter à l’accueil des visiteurs pour obtenir un numéro de chambre, mon cousin a pensé qu’il serait plus logique de sauter par dessus le grillage pour couper par l’aire de promenade. En déchirant le bas de mon T-Shirt au passage, forcément. On s’est faufilés entre les vieux en fauteuils roulants et on a grimpé les étages, en regardant à l’intérieur de chaque chambre dont la porte était ouverte. Au cas où on tombe sur la bonne. Au 3ème étage on s’est dit que ce serait plus simple de demander à l’accueil, étant donné que les heures de visites allaient pas tarder à finir à ce rythme là. Quand on est entré dans la chambre, le pélican qui était sensé être mon cousin faisait croire à ma grand mère qu’il était en train de s’étrangler avec un bonbon à la menthe. Ma grand mère pleurait et levait les bras au ciel comme si elle venait de se prendre un coup de batte de baseball dans la colonne vertébrale. Elle pleurait presqu’autant que la fois où j’ai sauté du haut d’un lit superposé et que je me suis roulé par terre en hurlant que mon pied s’était soit disant retourné. Ou lorsque mon père m’a planté un couteau en plastique rétractable dans le bras, prétextant que je ne ressentais plus aucune douleur grâce à ma concentration absolue. D’ailleurs je crois bien qu’elle se souvient encore de nos blagues foireuses parce que cette année, on est les seuls à ne pas avoir eu d’étrennes.

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One Response to La fois où je suis allé en hôpital psychiatrique

  1. hyacinthe says:

    butage cet article !
    j’aime beaucoup :)

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