L'édito de la fin de la semaine

J’ai attendu toute la journée qu’un génie apparaisse, pour me remémorer trois moments clé de ma vie où j’ai été un connard, ou tout autre instant crucial qui pourrait expliquer pas mal de trucs, un peu comme dans ces contes de Noël tout pourris où le héros a un sursaut d’humanisme juste avant que le gros barbu ne vienne déposer des cadeaux au pied du sapin (non, ce n’est pas un code pour parler de Ben Laden). Quelque part, ça doit être pour se déculpabiliser tant qu’il est encore temps, pour être sûr d’avoir un paquet à ouvrir à minuit pile et balayer la crainte d’avoir été oublié cette fois-ci. Non, tout ce qui m’est revenu quand j’ai pensé à Noël, ce sont les combats qu’on organisait sur le lit king size de mon grand cousin, gants de boxe et coquille autorisés, et il valait mieux vu qu’on continuait jusqu’à ce qu’on ne puisse plus se relever. Des gamins en nage et en sang qui déchirent du papier cadeau en hurlant, on devait ressembler à des zombies qui se disputent un corps frais.

Je me suis aussi souvenu de la fois où j’ai réussi à me faire oublier, assis au milieu du salon sur un pouf en velours rouge, regardant les adultes sortir les cadeaux de l’armoire qu’on ne devait surtout pas ouvrir depuis un mois, cherchant à qui appartient le paquet doré, ya pas de nom dessus, ah si c’est écrit là c’est l’Ordinathan ça. Un électrochoc que je me suis volontairement imposé, comme si j’avais ressenti le besoin de voir par moi-même ce qui se passait pendant ces 10 minutes interminables où on nous mettait à l’écart, de regarder derrière le rideau, de souffler pour que les paillettes s’envolent et ne retombent jamais. Et quand je me suis rappelé des fêtes de fin d’année où mon père a eu une crise de colique néphrétique qui l’a cloué au lit pendant plusieurs semaines, j’ai préféré me rabattre sur l’image magique du papier éventré qui laissait entrevoir une Super Nintendo avec Street Fighter II. Ils avaient raison à l’école, une addition de calculs, ça s’appelle un problème.

Plus le temps passe, plus Noël semble perdre de son importance. Cette année, j’ai râlé contre le facteur qui n’a pas mis de catalogue de jouets dans ma boîte aux lettres, mais seulement quand j’en ai eu marre d’y trouver des factures. Il fut un temps où je découpais chaque article de cette Bible éphémère avant de les coller sur une feuille que je laissais traîner négligemment sur la table de la cuisine, alors qu’on sortait encore en short dehors et que l’école n’avait toujours pas repris. Avec les années, tu bascules peu à peu de l’autre coté, tu tentes de te convaincre laborieusement que c’est plus agréable d’offrir que de recevoir, et tu te rends compte qu’au fil du temps les cadeaux deviennent de plus en plus petits, pour ne devenir finalement qu’une enveloppe plus ou moins épaisse, lorsque tu as de la chance. Ca doit être pour ça que les adultes s’offrent des bouteilles le 25 décembre, pour boire et oublier. Oublier que plus personne n’attend jusqu’à minuit pour se faire plaisir, que ce n’est pas la bonne taille et j’ai perdu le ticket de caisse, et qu’il y en a qui ne sont plus assis avec nous autour de cette table. Mais aussi pour se souvenir que le plus important, ce n’est pas cet accessoire débile dont je n’ai aucune utilité ou ces dizaines d’euros qui me serviront à acheter une veste en solde, mais bien que tous ensemble, nous regardions les paillettes qui continuent de tomber malgré tout devant nos yeux. Joyeux Noël.

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0 Responses to L'édito de la fin de la semaine

  1. Grim says:

    Très joli. Pour moi le 24 décembre est toujours synonyme d’angoisse durant le trajet chez mes grand-parents. Y aura-t-il, cette année encore, les règlements de comptes habituel? Les vielles rancœurs qui refont surfasse? Les engueulades et les pleurs? Mais une fois que le trajet se termine qu’on revois les cousins, la familles tout ça s’efface quelque peux pour laisser la place à ce petit truc si particulier qui arrive à Noël. Bon pas trop le temps de développer il est temps que je me mette en route….

    Quoi qu’il en soit joyeux Noël Kid!

  2. paulichon says:

    Tu m’as fait kiffer ! Joyeux noël à toi, et j’aimerais bien boire une bonne bouteille avec toi un jour :)

  3. uzi says:

    Joyeux noël dunn !

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