L'édito de la fin de la semaine

Je crois que j’ai toujours préféré l’hiver. Ou du moins, les saisons où il fait froid. Ca peut paraître bizarre parce que je déteste avoir la gorge prise et le nez qui coule, et je pourrais m’amputer sur place les jours où mes pieds sont humides à cause de la pluie et glacés à cause du vent. Et pourtant, je me sens mieux en automne qu’au printemps, ça doit être mon côté gris. Mais à bien y réfléchir, ça paraît logique en fait. Ya qu’à regarder les gens dans la rue. Je reste convaincu qu’il est plus facile d’avoir un style au top lorsqu’il gèle, sans parler du fait que tu peux rajouter des épaisseurs quand tu as trop froid, mais que tu ne peux pas enlever tous tes habits et ta peau quand tu as trop chaud. En plus, je fais partie de ces gens qui préfèrent 1000 fois une fille avec un jeans serré et des petites Jordans ou un gros pull chaussette gris par dessus un leggings et des bottes, qu’une fille avec un short en jeans et des sandales ouvertes qui laissent apparaître une pédicure hasardeuse. Et puis un sourire discret dissimulé derrière une écharpe volumineuse, ça vaut tous les décolletés du monde. Enfin, une grande partie.

D’ailleurs en parlant de sourire, l’avantage en automne, c’est que t’es pas obligé de sourire, justement. Tout le monde fait la gueule et se cache derrière des excuses plus ou moins originales, la rentrée, le mauvais temps, les impôts, le quotidien, la fin de l’année, la reprise de la Ligue des Champions. Pas besoin de porter le masque figé du bonheur obligatoire, et le temps où les emmerdeurs de service se forçaient à être de bonne humeur juste à cause d’un rayon de soleil est loin derrière nous. En plus, tout le monde est à égalité: le bronzage disparaît en une semaine, les kilos en trop se rangent au fond des poches d’une doudoune et la pluie se charge de rappeler à l’ordre celles qui tenteraient une coupe de cheveux un peu trop travaillée. En gros, fini les chichis de fond de teint avec des paillettes dorées, on revient au naturel. A l’essentiel.

En plus en automne, ya rien à faire le weekend, tu as le choix entre faire une sieste au rythme de la pluie qui coule sur ta fenêtre et regarder les épisodes en streaming de Dexter en attendant que la pâte à crêpe finisse de se reposer elle aussi. Vous noterez au passage que ça aussi c’est une autre preuve: en été, on bouffe des rediffs dans tous les sens, et le seul truc inédit à se mettre sous la dent c’est Entourage, mais vu que ça se dévore en un clin d’oeil comme des chips allégées en sel, pas de quoi être rassasié. Et puis en été, le seul truc cool, c’est le 14 juillet et Paris Plage, c’est dire. Tandis qu’en octobre, tu penses déjà à Noël, et tu t’extasies exagérément devant cette montre et ces baskets que tu aimerais bien trouver aux pieds du sapin pendant que tu fais les magasins avec tes proches. Et ne vous fatiguez pas, je sais déjà ce que vous allez répondre: en été, il y a le soleil, l’insouciance, les vacances et la liberté de se lever à midi tous les jours, de traîner sans but ni contrainte. Mais si nous étions en vacances toute l’année, qu’est ce qui nous motiverait et nous permettrait de nous évader de notre quotidien? Si nous vivions une vie de rêve, à quoi rêverions nous?

Ode à l’Automne de Benoît Poelvoorde

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0 Responses to L'édito de la fin de la semaine

  1. Toucha says:

    Tu as parfaitement raison, en automne-hiver on laisse un peu les artifices au profit du naturel et du pur style j’ai envie de dire.

    Par contre ici (Canada) les gens sont plus aigris aussi… c’est moins drôle.

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