Le jour où j'ai pris le métro à côté d'un colis suspect

Le lundi matin c’est toujours chiant (si tu me crois pas demande à Garfield), t’as les yeux encore collés du weekend et une semaine interminable devant toi, et rien à quoi te raccrocher. A la limite le mardi tu te dis que le lendemain c’est mercredi, soit le milieu de la semaine, soit bientôt la fin de la semaine, des conneries palliatives quoi. Mais le lundi, rien. La loose. Et si en plus tu prends le métro et que tu te retrouves à 30cm de l’un de ces fameux colis suspects dont tu remettais l’existence en question jusqu’à présent (un peu comme les foutus “voyageurs malades”, qui sont invisibles mais te foutent 45 min de retard dans les dents), crois moi, le lundi se révèle être une journée de merde.

En général, je n’aime pas m’asseoir à côté de quelqu’un dans le métro, je préfère encore rester debout, ça me fait travailler mon sens de l’équilibre, et je me mets à rêver que je pourrais être un bon skateur ou surfeur quand je parviens à rester stable sur mes deux pieds lorsque ce connard de chauffeur freine d’un coup sec. Mais quand il y a une place vide, j’ai tendance à me ruer dessus, un peu comme si j’allais recevoir un gage si je suis le seul qui n’est pas encore assis. Avec le recul, j’aurais dû me douter qu’un double fauteuil libre alors que la rame n’est pas vide, ça cachait quelque chose. Bref, pas le temps pour les regrets. C’est en m’approchant du siège que je l’ai vu, à moitié caché sous la banquette, l’air de rien: un sac plastique légèrement ouvert, laissant apparaître du saucisson à l’ail et des déchets alimentaires divers, et qui aurait siffloté pour détourner l’attention des passagers s’il avait eu une bouche et qu’il avait su siffler.

Forcément, lorsque tu es un grand paranoïaque comme moi, tu envisages tout de suite le pire, tu balayes du regard la rame en une seconde pour voir qui a une tête suspecte (ou une barbe, ça marche aussi), et surtout, tu ne t’assois pas à côté du colis. Et c’est là que je me suis rendu compte de l’immense connerie dont tu peux faire preuve face à la mort. C’est vrai quoi, que je sois assis juste au dessus ou que je reste debout à 35cm d’un explosif, le résultat sera le même non? J’imagine que le cerveau derrière cet attentat a mis la dose, donc autant être à proximité pour que ça se finisse vite, plutôt que d’être loin et d’avoir seulement les jambes et les bras arrachés, et survivre puis traverser la Manche à la nage. Ouais, t’en viens à penser à des trucs débiles comme ça. Tu réfléchis à l’angle de l’explosion, tu te demandes si rabattre le siège peut te sauver comme dans “Casino” lorsque la voiture explose, tu imagines que tout s’arrête en un instant sans que tu t’en rendes compte, et tu espères revenir sous la forme d’un fantôme pour aider un jeune enquêteur atypique à retrouver les salauds responsables de cette tragédie.

Tu analyses aussi toutes les personnes dans le wagon en te demandant au cas où ça explose et on reste coincés, lequel sera le flic en congés, lequel sera le casse-couilles égoïste, laquelle sera la meuf qu’on essaiera de convaincre de faire l’amour une dernière fois, lequel se prendra pour le chef et voudra partir tout seul dans la direction opposée, lequel aura une maladie et sera un boulet qu’on mangera plus tard éventuellement. Bon, personnellement, je me suis dit qu’on était dans la merde, pas l’ombre d’un héros dans le secteur. Mais ça, c’était avant qu’il arrive. John McClane, ou Martin Riggs, au choix.

Aparté: tu remarqueras qu’à ce stade de l’histoire, à part me pisser dessus en imaginant le pire, je n’ai pas fait grand chose, et c’est assez dur à admettre, parce que je pensais avoir l’âme d’un super-héros et je me trompais. Enfin si, à un moment j’ai failli twitter un truc drôle ou envoyer un SMS à mes proches pour leur décrire la situation, ça peut servir pour la future enquête, j’avais fait pareil un soir où j’avais rencontré une jolie fille trop entreprenante pour ne pas être louche (rappelle toi Ilan Halimi). Mais je me suis abstenu, j’ai eu peur que les ondes déclenchent la bombe, comme dans “Démineurs”. D’ailleurs, c’est à cet instant précis que j’ai lancé un regard de travers à tous ceux qui tentaient de sortir leur téléphone, prêt à sauter sur ces kamikazes potentiels et à les maitriser pour empêcher le pire. C’est fou quand même, au lieu de regarder dans le sac et d’en avoir le coeur net une bonne fois pour toutes et passer à autre chose, je reste là à me détruire le cerveau tout seul, à monter des scénarios incroyables et qui finissent tous très mal, forcément. Avec cette phrase d’Akhenaton qui résonne en boucle, “Dire que nous nous sommes quittés pour toujours sans nous dire au revoir”.

Je disais donc, un gars est arrivé pour nous sauver, ou nous condamner, je savais pas trop encore à ce moment là. Il est monté 3 stations après moi, s’est assis sur le fauteuil à côté du fauteuil piégé, l’air de rien. Mais comme je l’observais, j’ai remarqué son air inquiet, genre je suis serein mais pas trop en fait, c’est quoi ce truc par terre là. Un premier coup d’oeil, un second, puis un troisième plus long, et il se décide à plonger la main dans le sac et à tout remuer comme dans Motus. Pression. Une décharge d’adrénaline plus tard, je le fixe pendant qu’il fouille frénétiquement l’objet de nos angoisses, comme un chien fou ou un SDF derrière McDo. Rien. Juste des détritus organiques. De la bouffe quoi. On est sauvés.

Comme j’avais quand même un doute persistant, j’étais soulagé de descendre à la station suivante. Ce n’est qu’une fois dehors que j’ai pu respirer, non pas parce que j’avais lâchement abandonné les voyageurs et que j’étais en sécurité, mais parce que la bouffe avariée commençait à dégager une odeur infecte mine de rien. Je me suis souvenu de ce que disait la fille dans “Les Experts: Las Vegas”, qui expliquait qu’en perquisitionnant les appartements des victimes on tombait sur tout et n’importe quoi, et qu’elle faisait le ménage tous les jours chez elle avant d’aller au bureau pour que les policiers ne la prennent pas pour une crasseuse si ça devait être son tour. Et je suis bien content de ne pas être mort dans l’explosion du métro parce que ce matin, je suis parti sans faire mon lit.

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3 Responses to Le jour où j'ai pris le métro à côté d'un colis suspect

  1. heylieharry says:

    J’ai toujours revé de vivre ce genre d’aventure, mais qu’il y ai vraiment une bombe et tous les personnages typiques et invités dans ce type d’aventure mais surement que dans l’action je me comporterais exactement comme vous qui sait ?
    Enfin pour le moment je me contente de rever à ces histoires impossible et à vivre une vie qui manque bien souvent d’action et de fantaisie

  2. luuuuC says:

    GREAT !

  3. Toucha says:

    Love it!

  4. paulichon says:

    ahahaha Excellent ! bravo

  5. Small small girl says:

    Excellent! Comme quoi on a tous une âme d’héros…..mais loin de la scène de crime svp! lol

    Par contre c quoi sur la photo??

  6. Androo says:

    Sache que la moindre évocation de John McClane me met dans tous mes états! AAAAaaaahhhhhh Bruce… bon du coup je relis, j’me souviens plus que quoi parle cet article…

  7. kmy says:

    Moi je me tourne pour que ce soit pas mon visage qui prenne en premier. Et j’envoie aussi des sms mysterieux paranoiaques à mon mec pour aider les enquêteurs quand on retrouvera mon corps nu et mutilé au bord de la rocade.
    Dans les transports en commun, on est souvent seul avec son cerveau et defois ça part en couilles, même avec du saucisson dans un sac oublié. Surtout avec ça dailleurs..
    PS: à Bordeaux un mec à trouvé 30 000 euros dans un sac en platique à côté de son siège. (il est toujours poursuivi pour vol.)

  8. Chak says:

    J’aime bien le commentaire de kmy.

  9. Pingback: Rediffusions de fin d’année: ma sélection (part 3) « The Yellow Kid

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