L'édito de la fin de la semaine

Je vais être franc: je ne m’attendais à ce que vous soyez autant impliqués pour le jeu concours Heartbeats by Lady Gaga. Je pensais avoir droit à des histoires inventées, à des déclarations d’amour à des objets ou à la musique, à un peu d’anecdotes personnelles et évasives. Comme quoi on sait jamais dans la vie, et au final ça me permet de mieux vous connaître, d’humaniser des stats quotidiennes et de me rendre compte que vous faites tous les durs et les cailleras mais que sous vos airs qu’on voit pas à cause de votre capuche, il y a un petit coeur qui bat, et ça c’est trop meugnon. Et même si le concours n’est pas encore terminé, comme je veux pas que vous vous sentiez trop arnaqués de déballer votre vie alors que moi non, j’ai décidé de vous raconter une petite anecdote perso, sans prétention.

Pour faire simple, c’était ya quelques temps déjà, j’avais à peine l’âge légal américain il me semble, et je traversais une période de célibat comme on en a tous connu (faites pas style). Et comme toujours dans ces moments, t’as l’un de tes meilleurs potes qui t’annonce que sa main gauche aura bientôt l’équivalent de trois PlayStation 3 à l’annulaire, et qui meurt d’envie de te présenter sa fiancée avant le grand jour, pour pas que tu croies qu’elle met des robes blanches en dentelle et voile tous les jours. Repas cool, je sors de ma coquille pour pas faire honte et pour pas passer pour l’autiste de service, pour le pote chelou qui va harceler les demoiselles d’honneur le jour J. Fin du repas, déclic inattendu: “Tu sais quoi? Il faut que tu rencontres la soeur de ma femme, vous allez vous kiffer, je lui file ton numéro tout de suite” “Euh… ouais vas-y, why not, mon DVD est en panne je fais rien de mes weekends”.

Premier texto reçu, prise de rendez vous en moins de 0,45cts, je suis sur Paris ce weekend, on boit un verre? Ok ça roule, je viens te chercher au métro, à vendredi. Premier blind date de ma vie, et sûrement le dernier.

Mademoiselle arrive, 33 ans, 1m79 sans les talons, belle, athlétique, noire et fière, responsable d’un magasin de prêt à porter de luxe en Suisse, option appart de 85m2 à la frontière, indépendante et sûre d’elle. Aucune pression quoi. Première minute de conversation: “Ca va, pas trop galéré dans le train et les transports?” “Non ça va merci” “T’es à Paris pourquoi faire? Voir ta famille?” “Non, je suis orpheline, mes parents sont morts et ma soeur, que tu connais déjà, vit à New York”. Le bitume de la capitale n’a jamais été aussi dur. Je voulais m’y enfoncer pour me mettre en boule prêt d’un lampadaire en me faisant passer pour une déjection canine mais impossible, j’ai fini tassé dans mes Jordans.

Je rebondis tant bien que mal après des excuses minables, et on va boire un verre en écoutant de jeunes artistes soul qui nous soulent rapidement d’ailleurs. Je paie avec mon unique billet de 20 euros, vu que je me suis fait pirater ma carte bleue ya une semaine (490 euros sa mère) et que j’ai pas encore recu le nouveau bout de plastique qui me permet de cramer mon salaire de stagiaire. Sauf qu’elle m’aime bien (enfin, je suppose) et qu’elle veut qu’on s’en aille, qu’on aille manger un bout quelque part. Avec mes 3,40 euros en poche. Fuck.

Je traîne la patte, je minaude, je propose de marcher plutôt que prendre un taxi parce qu’il fait bon (2 degrés en temps de crise, tu trouves ça agréable crois moi), on arrive devant le restaurant, et je me déteste à faire mon enfant. “J’ai pas de carte bleue à cause d’un enfoiré qui s’est acheté un PC en Slovénie sur mon compte, ça me soule comme situation, j’ai super honte de pas t’inviter” “T’es bête, ya pas de soucis. Je gagne 4 000 euros par mois, c’est pas avec un burger dans une brasserie que tu vas m’impressionner”. Bon, au moins, ça c’est dit.

On mange (pas beaucoup pour moi, j’aime pas abuser des frites gratuites), elle règle la note à un enculé de serveur qui ne manque pas de me féliciter parce que je me fais rincer, et toi t’as pas des tables à nettoyer connard? Je la raccompagne jusqu’au taxi. Puis dans le taxi. Puis en bas de chez elle. Puis dans le hall, dans l’ascenceur, dans le salon. Et à ce moment précis, tu te dis que je vais arrêter de raconter parce que c’est Rated R, mais non. Ca serait trop simple et trop glorieux.

Mise en situation: l’appart dans lequel elle squatte à Paris est celui qu’elle sous-loue à sa pote depuis qu’elle est partie à la conquête des Alpes. 110m2, écran LCD (impressionant pour l’époque), jolie déco, deux canapés immenses dans le séjour, TBEG, salle d’eau, négociable, à saisir. Donc on reste là, chacun affalé sur un canapé, à se raconter nos vies comme Ziggy pendant des heures. Elle m’explique que des hommes (comprend mon âge x2) lui ont proposé de lui offrir une boîte (pas une boîte en carton pour cacher tes kleenex hein, non non, une vraie entreprise), des voitures et des scooters, que son dernier patron l’emmenait régulièrement avec lui au ski dans des chalets de dingue pour essayer de la séduire, mais qu’elle les repousse tous à chaque fois. Que des hommes ont quitté leur femme pour elle, mais qu’elle ne leur laisse même pas une chance d’être quittés. Pas son style.

Moi, je lui raconte que lundi dernier, sur le canapé que je squatte depuis plusieurs semaines, j’avais froid, alors mon pote m’a prêté une couette et un polochon sans plumes. Et qu’une fois, on m’a offert un T-Shirt Bullrot rouge, que personne n’a voulu me racheter alors je l’ai donné à mon oncle pour qu’il se salisse pas pendant son déménagement. Mais avec des blagues et des intonations bien calculées, ça a l’air de passer. Le pouvoir de la pénombre de 4h du mat’ j’imagine.

Elle raconte aussi qu’une fois, elle a complètement craqué sur un mec, qu’il leur arrivait parfois de se voir 2 fois par jour et de dormir ensemble mais sans se toucher ni s’embrasser, parce qu’elle fait jamais le premier pas. Moi j’en connais qui font le premier pas et qui courent même, et ça m’arrange bien des fois. Parce que moi non plus je fais jamais le premier pas, connerie de Hitch avec ses 90-10, qui se transforment en 99-1 chez moi. Alors on a dormi, face à face dans la position la plus inconfortable du monde, en respectant une distance règlementaire de 36,7 cm entre nous (j’en vois qui pensent que je suis en train d’essayer de glisser une métaphore pour faire comprendre que ma virilité s’est dressée entre nous, pas du tout bande de cochons). Bien sûr, réveillés à 8h du mat’ par sa colloc du moment, qui vient de rompre avec son mec et qui s’excuse de nous déranger mais elle va sur le balcon pour se suicider en silence, on peut se rendormir hihihi vous faisiez quoi? Ben rien justement, ferme la porte vitrée derrière toi il fait froid stp, salut.

Quand je suis rentré, vers 8h10 environ, ma bouche pâteuse n’a pas eu le courage de bredouiller un mensonge improbable, et j’ai pas eu la force de revenir en seigneur sur mes terres, en faisant croire à mes potes que j’étais le héros de la semaine, celui qui vient te dire bonjour avec l’odeur du sexe encore collée à sa veste. On s’est rappelé et revu plusieurs fois, et je ne sais même pas pourquoi ça ne s’est pas fait au final. Mais au moins, j’ai retenu une leçon de tout ça: il n’y a pas que dans les films que les filles de rêve craquent pour les nerds maladroits.

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0 Responses to L'édito de la fin de la semaine

  1. Chak says:

    GARDE LES ECOUTEURS LADY GAGA POUR TOI

  2. Djeffx says:

    Waouh en tout cas tu sais captiver ton lecteur, j’étais à fond dans ton histoire tu sais!
    Bon c’était un “scénario mytho” mais franchement j’ai bien aimé

  3. grm says:

    Mdr Putin de hitch à la con, il nous a bien eu celui la !! lool

  4. Lomi says:

    ah les filles qui te racontent leurs expériences de ouf avant d’avoir vu ta tour Effeil, dans le genre je te mets la pression sans le vouloir, y a rien de pire pour te faire oublier que t’as des corones!

    “Je pensais avoir droit à des histoires inventées, à des déclarations d’amour à des objets ou à la musique”

    j’avoue avoir pensé à resortir mon texte d’amour à la musique que j’avais du écrire au début des années 2000, mais finalement non…

  5. Kandyzz says:

    Mais merde c’était pourtant pas compliqué de glisser une petite main !

  6. Kara says:

    Ahah celle-ci vaut des points…
    Jte lache un casque d’iphone avec l’ecouteur droit qui deconne si on s’capte.

    On a deja eu droit a l’histoire de Chak ou pas encore ?

    • The Yellow Kid says:

      Mais le casque, est ce qu’il se transforme en avion et est ce qu’il permet de découper une voiture en moins de 2min?

  7. Feyz says:

    “C’était nulllllllllllllll… on la garde!”

    Bouhhh t’as même pas réussi à la pécho, du coup j’préfere foutre le respect que j’avais pour toi dans ma poche, il y fait plus chaud !

    Peace

  8. paulichon says:

    ah merde toi aussi t’es pas un vrai gangsta ? Ben présente le moi je vais tenter ma chance aussi lol

  9. Pingback: [Jeu concours] Heartbeats by Lady Gaga « The Yellow Kid

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